par Juan Manuel Bonet
écrivain et critique d’art, Juan-Manuel Bonet a été directeur de l’IVAM de Valence puis du Musée National Centre d’art Reina Sofia de Madrid

 Marjolaine Pigeon, ou le silence. Ses dessins comme ses gravures nous signalent ce que nous savons au moins depuis Giacometti : dans ces domaines, le blanc du papier est aussi important que la ligne. C’est de ce blanc qu’émergent – Emergence, résurgences : ce titre d’Henri Michaux m’a toujours tellement plu – les mouvements, les traits, les signes qui du tumulte du monde ont été choisis par l’artiste pour ses entrevisions. Avec très peu d’éléments et beaucoup de travail de gomme, Marjolaine Pigeon, formée à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, sait évoquer dans ses carnets de voyage à la japonaise, dont certains mériteraient d’être édités sous forme de fac-similés, le vol d’un oiseau s’ouvrant un chemin dans les airs, le vent sur la meseta castillane qui entoure Madrid, un horizon marin, le marbre de Venise barbotant dans l’eau, une vue panoramique des quais de New York avec ses mouettes survolant les navires et les gratte-ciel, des visages, encore des visages …

Catalogue de la Casa Velazquez, 2005