musée Paul Valéry, Sète
exposition Le livre pauvre. Donation Daniel Leuwers
   
Un livre pauvre, en collaboration avec le poète Salah Stétié est présenté dans cette exposition.  
Du 22 septembre 2017 au 7 janvier 2018. 
Rue François Desnoyer, 34200 Sète

 

A la croisée des cieux
un texte écrit par Hélène Fresnel, au sujet de  Espace désertique XI,
gouache et encre sur papier, 26 x 18 cm, 2011
 Marjolaine Pigeon espace désertique XI
Quelle image aurions-nous du désert, sans une main, sans un regard, pour le désigner ?

Marjolaine Pigeon ouvre un espace bleu, rose, violet, dense et profond. Elle le dit désertique, mais cela n’implique pas qu’il n’y ait rien d’habité dans ce désert. Au contraire : une présence se fait sentir. C’est la force paradoxale de l’œuvre.

Six traits passent.

Six traits délicats, sensibles. La main de l’artiste, en amont, se devine, qui les inscrit sur la page, avance, et se laisse aller à l’ondulation. L’encre apporte une matière autre sur le fond de gouache. Pour quel encrage, pour quel ancrage ? On pense à la mer, guidés par ces formes de vagues, étrangement maritimes sur le papier du ciel. On pense à l’écriture, aussi, comme si Marjolaine Pigeon représentait une signature d’humain, pour marquer, et faire remarquer, la beauté du désert bleu. L’artiste rejoint alors l’ambition d’Yves Klein lorsqu’il rêve de signer le ciel, mais en la concrétisant sur son support, et avec, au contraire du peintre et de ses monochromes, une émouvante confiance dans la compatibilité entre la ligne et l’intégrité des grands espaces.

Parmi ces lignes, un détail interpelle.

Deux traits, en haut, se croisent.

On pourrait entendre Gérard de Nerval : Spectateur, « As-tu trouvé ta croix dans le désert des cieux ? ». Deux traits se croisent, comme parfois se croisent les lignes de vie au creux de nos mains. Ce croisement résonne, car il parle aussi de cette peinture, où se croisent la mer et le ciel, le tracé et l’intraçable, la vapeur et la densité. On peut également penser à cette fable d’Ademar de Barros, où des traces de pas apparaissent dans le désert, puis s’interrompent, selon le soutien de Dieu. Nul doute, en tout cas, que nous ne trouvions ici de quoi se perdre dans l’imaginaire et la contemplation.

Alors je suis ces traits, qui mènent au bleu. Je les suis comme des guides qui ne guident pas. D’où viennent-ils ? Que signifient-ils ? Où vont-ils me mener ? Au fond, peu importe. Je les suis, et me laisse aller au hasard non inquiet des chemins potentiels. De ceux qui nous entraînent, pour faire écho à Andrée Chedid, « vers nulle part/ vers partout ».

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